Normes anti-incendie et chasse aux kilos : pourquoi les sièges de train sont devenus si durs

Publié le

Souvenir du moelleux légendaire des Corail, syndrome des fessiers endoloris et incompréhension sur la rigidité des sièges de trains modernes : la quête du confort sur rail est devenue tout un voyage… sans même quitter la gare !

De la douceur à la rigidité : adieu les sièges Corail ?

Le constat est dans toutes les conversations de quai : les places assises des trains récents sont bien moins accueillantes que celles de leurs ancêtres, ces fameux trains Corail. « C’était mieux avant », entend-on souvent. Apparus à la fin des années 1970, les Corail (pour « confort sur rail ») régnaient en maîtres du moelleux, larges fauteuils prêts à enlacer les voyageurs pour une sieste bien méritée.

Mais depuis, la modernisation du parc SNCF a filé à toute vitesse… sans s’embarrasser du moelleux perdu ! Les réseaux sociaux débordent de critiques. Nombre d’internautes regrettent l’absence de confort dans les rames de TGV, arguant par exemple :

  • « La SNCF peut remballer ses TGV, niveau confort rien ne vaut les vieux Corail ou tu as un immense siège tout moelleux. »
  • « Les nouveaux sièges 2nde classe TGV sont à peu près au même niveau de confort que les sièges de Ryanair. »

Quand la sécurité et la chasse aux kilos dictent le confort

Alors, que s’est-il passé ? Pourquoi ces sièges si durs aujourd’hui ? Le début de réponse se trouve dans les normes européennes.

A lire :  50€ d’économie par personne : quand acheter son billet de train pour payer moins cher

Année après année, elles se sont faites plus strictes :

  • Normes anti-incendie : Exit mousses grasses et tissus flamands roses ! Les sièges doivent désormais être conçus avec des matières ignifuges, donc plus solides et, il faut bien l’avouer, rarement synonymes de moelleux.
  • Normes anti-dégradation & hygiènes : On doit aussi penser à la durabilité… et à la facilité de nettoyage. Fini le siège qui garde l’empreinte chaleureuse de la dernière sieste.
  • Masse du train : La guerre aux kilos fait rage. Moins c’est lourd, moins ça consomme d’énergie. Jean Ruch, en charge de l’aménagement aux intérieurs de SNCF, le confirme : « Un siège deux places Ouigo pèse 38 kg, contre 43 kg pour un TGV Océane et 80 kg en première classe du même train (merci le système de réversibilité) ». Sur un TGV, chaque voiture ne doit pas dépasser 34 tonnes, alors que les bonnes vieilles Corail vont jusqu’à… 68 tonnes !

Autrement dit, cherchez la douceur, vous trouverez la sécurité… et un peu d’écologie !

Quand l’ergonomie s’en mêle (et le mal de dos aussi)

Car tout n’est pas seulement une histoire de feu ou de grammes. L’ergonomie s’en est mêlée. Pour la première fois, les sièges des TGV Océane (mis en service en 2017) ont été conçus avec une école d’ostéopathie. L’intention ? Bannir le mal de dos. La réalité ? Les voyageurs les trouvent « raides » et « durs ». SNCF Voyageurs reconnaît que « cette approche trop scientifique a été reprochée par une partie des clients ». En clair, la posture idéale selon l’ostéo impose de se tenir bien droit, ce qui n’est pas toujours en phase avec notre façon de voyager…

A lire :  Économisez jusqu’à 57% pour Noël : la méthode infaillible pour vos billets de train

Pour les grands, facile à dire ! Un témoignage client explique :

  • « Quand on est grand (188) mais normal, il est impossible de s’asseoir droit dans un TGV 2e classe. Il faut se tortiller pour que les genoux ne s’écrasent pas sur le dossier de devant… position exécrable pour le dos ! »

J’ajoute (pour ceux qui se demandent) : le porte-bagages n’a pas échappé à la refonte… parfois au point de ne servir à rien ou de forcer les voyageurs à surveiller leur valise devant la porte. Bonne nouvelle, le futur permettra peut-être de glisser son sac sous le siège, histoire d’alléger l’esprit.

TGV du futur : le pari du retour au confort ?

Face à ces critiques (et à la nostalgie persistante), la SNCF promet monts et merveilles pour ses prochaines rames, baptisées TGV M, sur les rails dès 2024-2025 :

  • Une « assise moins ferme, avec effet ressort »
  • Un tissu en maille pour épouser le corps, effet hamac espéré
  • Des tests menés sur 75 volontaires dans des conditions réelles pour identifier les inconforts

L’objectif affiché : reconcilier plus de places (734 contre 600, grâce à la réduction des motrices et des voitures) et même espace pour les jambes.

Cela suffira-t-il à faire taire les râleurs ?

Thibault Constant, Youtubeur ferroviaire, relativise : « Les voyageurs aiment râler ! » Selon lui, la France ne s’en sort pas si mal, surtout si l’on regarde les trains britanniques. Les rames modernes, bien que moins moelleuses, offrent des équipements dont les Corail ne pouvaient rêver : prises et lumières individuelles, Wi-Fi, repose-pieds, tablettes… Quant à la tendance de privilégier le design au détriment du confort vers 2010, il semble qu’elle soit en train de s’inverser, confort en tête de liste. L’exemple allemand de l’ICE 4, remplacé après une fronde des passagers, montre la voie.

A lire :  36 ans de passion, 60 bénévoles : la maquette ferroviaire géante au détail surprenant

Conclusion : S’asseoir, râler… mais ne jamais désespérer
Même si la nostalgie est tenace, la SNCF assure que confort et capacité ne seront plus des ennemis jurés. D’ici là, un bon coussin glissé dans le sac (à déposer sous le siège bien sûr) reste une arme de défense massive contre la dure réalité des sièges ferroviaires modernes. La chasse au moelleux est ouverte : à surveiller lors de votre prochain embarquement !

Laisser un commentaire